De janvier à mars, au Pays Basque comme dans beaucoup d’autres lieux en Europe, de nombreux rites traditionnels visent à célébrer la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps. Ces festivités, qui se terminent par le « carnaval » avant l’entrée dans le jeûne du Carême, prennent dans les villages du Pays Basque des formes particulières.

La mascarade souletine

Un personnage (« entseinaria ») de la mascarade 2018 à Ordiarp. Source : Florence Bec

Un personnage (« entseinaria ») de la mascarade 2018 à Ordiarp. Source : Florence Bec

Chaque année, les villages souletins se posent une question essentielle: qui va organiser la mascarade ? En effet, un seul village devra préparer cet événement, durant tout l’hiver. Le spectacle sera présenté tout d’abord dans son propre village et ensuite tous les dimanches dans les autres communes, de janvier à fin mai.

Le déroulement de la journée de mascarade est immuable : elle débute dès le matin par la constitution de barricades (parfois symboliques) à l’entrée du village que les participants (acteurs de la mascarade) doivent tout d’abord franchir pour être autorisés à entrer dans le village. Ils sont ensuite généreusement accueillis, invités à manger et à boire chez les habitants.

L’après-midi, un spectacle a lieu sur la place du village : représentation théâtrale, danses, chroniques satiriques sur les événements de l’année précédente dans les environs. Les acteurs sont divisés en deux groupes : les rouges et les noirs, dont les costumes évoquent la société d’avant la révolution française. Les rouges sont bien habillés et représentent la bonne société, l’ordre, l’équilibre. Les noirs (bohémiens et chaudronniers), en revanche, dénigrent et déstabilisent les rouges, représentant le désordre et le mal.

Autrefois la mascarade était plus facile à organiser car les jeunes restaient davantage en Soule. Ces dernières années, c’est plus compliqué, mais cet événement est une bonne occasion pour les différentes générations, de passer du temps ensemble, de faire la fête et de mieux faire connaissance avec les villages voisins.

Le « Libertimendu » en Basse Navarre

Les « volants » lors du libertimendu de Saint-Jean-Pied-de-Port en 2018. Source : Florence Bec

Les « volants » lors du libertimendu de Saint-Jean-Pied-de-Port en 2018. Source : Florence Bec

Il y a 15 ans, Antton Luku accompagné d’une petite équipe décida de donner une nouvelle vie à une tradition appelée « Libertimendua ». À Garazi et plus généralement en basse Navarre, cette façon de fêter le carnaval se déroule en deux temps : tout d’abord, le jour de « Santibate » une équipe passe de restaurants en restaurants quémandant boisson et nourriture. C’est quelques jours plus tard que se fête « Libertimendua ». Des musiciens et danseurs défilent dans les rues de la ville puis des personnages sales et mal habillés appelés « Zirtzil » donnent une pièce de théâtre qui évoque et critique les événements importants survenus dans l’année. Un groupe de Bertsularis (poètes Basques chantant des improvisations en vers ) commente la pièce en laissant de temps en temps la place à quelques danses. Cette journée se termine comme à l’accoutumée par un bon repas.

Les «Kaskarot» en Labourd

Les « kaskarots » dans le village de Briscous. Source : www.eke.eus

Les « kaskarots » dans le village de Briscous. Source : www.eke.eus

En Labourd, pour fêter le carnaval, on organise dans certains villages les «Kaskarot». C’est en fait le nom qu’on donne aux participants de cette fête : ils portent des pantalons blancs, des chapeaux à fleurs, ainsi que des espadrilles. Ils vont de maison en maison durant toute la journée pour danser et chanter. En échange, leurs hôtes leur offrent à boire et à manger. En fin de journée, les villageois procèdent sur la place du village au jugement de «San Pantzar», personnage auquel ils reprochent tous les griefs de l’hiver et qu’ils achèvent en le brûlant.

 

Traduction française : Florence Bec, Hélène Héguy, Marc Fuentes